Ce qu’il faut savoir pour manœuvrer avec efficacité votre bateau pour accoster au quai de votre marina ou encore à un quai d’accueil lors d’une visite.
Cet article va, nous espérons, contribuer à vous faire comprendre ce qu’il faut faire avant, pendant et après avoir accosté son bateau au quai. Il faut saisir et comprendre quelques principes si l’on désire ne pas se retrouver dans des situations indésirables lorsque vient le temps de rentrer à la marina avec une mauvaise météo.
Maîtriser son bateau à moteur implique qu’il faut réfléchir, anticiper et donc comprendre les étapes de ce qui peut influencer son bateau, c’est à dire, tous les paramètres qui ont de l’influence sur le bateau à savoir le vent, le courant, les caractéristiques du plan d’eau, les gens qui sont à bord du bateau et les équipements à bord. Il faut savoir choisir et réaliser les manoeuvres adaptées selon les conditions.
Il faut savoir lire l’environnement : le vent, le courant, le sillage sur l’eau. Pour ce faire, regardez autour de vous : les drapeaux, les bouées et même la surface de l’eau. Apprenez à lire votre environnement.
CONTEXTE
Pour qu’il y ait toujours du plaisir à partir en balade avec son bateau, il faut investir un peu de temps pour comprendre les phénomènes qui régissent le comportement du bateau lorsqu’il est en mode basse vitesse (moins de 3 kn) dans une zone restreinte. Voilà la clé pour devenir un très bon capitaine.
Ah oui, très important : apprenez qu’il n’y a pratiquement pas de comparaison entre la conduite automobile et la conduite d’un bateau. C’est peut-être la plus grande surprise pour un nouveau propriétaire de bateau. Mieux vaut être averti de ce fait et adopter de bonnes habitudes dès l’acquisition d’un bateau.
Afin de profiter de chaque journée sur notre bateau, il ne faut pas être dans le doute lorsque le vent se lève et qu’on pense à rentrer à la marina. À moins d’une situation météo extrême, il est facile et agréable de rentrer à la marina (ou à notre port d’attache) lorsqu’on maîtrise et comprend l’effet du vent, des éléments naturels sur notre bateau. Il n’y a pas de comportement inné (être né pour être bon pilote de bateau), juste un peu de pratique, de la lecture, de l’observation, de la compréhension et le tour est joué.
Normalement, les marinas sont conçues pour être un refuge idéal pour notre bateau, pas une trappe. Alors, avec un peu de bonne volonté de votre part, l’anxiété que vous éprouvez ou encore que vous anticipez avec les manœuvres d’accostage (par forts vents) peut être résolue assez rapidement si vous faites quelques efforts afin d’éviter toute situation inconfortable.
Discutez toujours avec le maître du port ou le responsable de l’attribution des places à quai de l’endroit qui serait l’idéal pour vous compte tenu des disponibilités et de votre bateau. Vous allez ensemble trouver le meilleur emplacement pour vous.
Ce préambule n’est pas là pour vous faire peur, au contraire, vous allez voir que c’est lorsque l’on sait, que le tout devient simple et agréable par la suite. Cet article s’adresse avant tout à un propriétaire débutant qui possède un bateau avec une bimotorisation propulsé par des shafts conventionnels.
photo : Yacht Club de Montréal
QUELQUES PRINCIPES.
La règle d’or : être capable de ressortir à tout moment. En effet, il faut toujours prévoir un plan B en cas de problème et il n’y a pas de honte à l’envisager. Tout préparer et planifier à l’avance, il y a toujours au moins 80% de la manœuvre qui peut être planifiée.
Il se peut qu’un autre bateau se pointe dans votre voie lorsque vous amorcerez votre manœuvre. La surprise en sera grandement réduite si vous l’aviez prévue dans votre planification.
Il faut prendre le temps de réfléchir à la manœuvre la mieux adaptée en fonction des éléments présents. Ne jamais improviser en cas de problème. Ressortir et recommencer est la meilleure décision.
MOINS ON VA VITE, MOINS ON TAPE FORT, mais gardez à l’esprit que la vitesse nous permet de conserver un bateau manouevrable, c’est là toute la difficulté de l’exercice par vents forts qui imposent l’utilisation d’une certaine vitesse afin de garder le contrôle sur le bateau.
À l’arrivée, il est important de sécuriser le bateau dans un premier temps puis de prendre le temps de l’amarrer correctement par la suite.
PROTÊGER LE BATEAU.
Combien de collisions (toujours petites) ont été évitées grâce à une utilisation des défenses (ou pare-battage) bien placées. Ne l’oubliez jamais.
Les collisions, engendrent habituellement de très petits dommages au bateau ; les dommages sont plutôt liés à notre amour propre. En effet, comme les bateaux sont en fibre de verre, ça se répare très bien.
Ne pas oublier qu’un équipier peut garder une défense volante pour adapter son placement en fonction du déroulement de la manœuvre. Souvenez-vous qu’une défense mal placée ne sert à rien, prenez le temps de bien les disposer et n’hésitez pas à les ajuster selon les besoins.
Ne jamais prendre une manœuvre à la légère et ce, même dans des conditions faciles. Quelques bonnes habitudes et de la rigueur dans la préparation de la manœuvre permettent de parer à la plupart des surprises.
Bien sûr, nous tenons pour acquis que vous serez toujours accompagné pour vos randonnées, soit d’une ou plusieurs personnes. Il est fort agréable de pouvoir confier des tâches aux amis qui nous accompagnent, ils deviennent alors des équipiers.
Prenez le temps, avant d’arriver à la marina, d’informer tous les gens à bord que des manœuvres seront réalisées, ils pourront ou non participer. C’est au capitaine que revient la distribution des tâches. Il n’est pas nécessaire que tous participent, mais l’important est de planifier et d’informer.
Selon les conditions de la météo, vous aurez à planifier votre entrée à la marina avec l’aide des amis à bord. Nous allons revenir sur cet aspect un peu plus loin dans cet article.
photo : Marina Bassin Louise de Québec
AVANT D’ARRIVER À LA MARINA :
Se faire une idée précise des lieux avec votre carte marine papier ou GPS (vous avez pris soin de d’avoir en main une carte de la disposition des quais de la marina, des difficultés possibles…) Connaître les vents, le courant, le sillage…soyez observateur des conditions… Dégager les zones où les équipiers auront à circuler, sortez les amarres, les défenses.
Que tous aient des chaussures adaptées, équipiers calme et prêt… Les rôles de chacun sont attribués… Le capitaine est le seul maître à bord, seul responsable de la manœuvre, il est responsable du message et des consignes, il faut s’assurer que tout le monde a bord à bien compris ce qui allait se passer.
Le capitaine est conscient des aptitudes et limites de chaque équipier impliqué dans la procédure. Il rappelle à tous que la manœuvre est terminée qu’une fois le bateau amarré. Demander au maître de port une place de quai adaptée à son bateau, tenir compte de la position de conduite du bateau pour le choix du quai ou du ponton latéral…
À LA MARINA :
S’assurer que la profondeur est suffisante. Considérer la meilleur manœuvre. Comment ressortir en cas de problème… Chaque équipier a compris son rôle et sa tâche, la sécurité est à l’ordre du jour, le plan d’accostage est connu de tous…
LA MANŒUVRE :
On arrive à la vitesse minimale (en restant manoeuvrable)… On s’en tient au plan et on n’écoute pas nécessairement les gens sur le quai (des experts?)
Les thrusters sont activés, mais ne seront pas déterminants selon la force des vents et bien sûr, leur direction. L’improvisation peut mener à l’accident (on parle ici de petite collision)… On met en exécution le plan B si la manœuvre ne se déroule pas comme prévu. Mettre le bateau en sécurité puis on finalise l’amarrage.
APRÈS LA MANŒUVRE
Un fait un debriefing avec les équipiers… On boit un coup, c’est mérité selon le degré de difficulté… (une option seulement, pas une obligation !)
Ne pensez pas que les gens à bord du bateau avec vous vont mal réagir si vous sollicitez leur collaboration, au contraire, ils vont apprécier votre planification, votre stratégie, votre approche structurée et il vont donc être en confiance et fort probablement aimer collaborer aux manœuvres.
Ce sera probablement pour eux une formation gratuite inespérée. Ils vont être contents de savoir dorénavant ce qu’ils peuvent faire comme équipiers lorsqu’ils seront à bord d’un autre bateau.
photo : Marina Bahia Mar, Fort Lauderdale
L’EFFET DU VENT SUR LE BATEAU (en double motorisation avec des shafts)
Maintenant, parlons un peu du vent et de ses effets sur le bateau. Un bateau est beaucoup plus manoeuvrable en marche avant qu’en marche arrière. Le bateau et ses hélices ne sont pas dessinés pour naviguer en marche arrière. De plus, les hélices ne projettent pas d’eau sur les gouvernails en marche arrière.
Mais, il y a toujours un mais… un bon conseil : il faut toujours se préoccuper du vent et de ses effets sur le bateau. Dans les manœuvres les plus délicates, toujours présenter le bateau cul au vent, de cette manière, le contrôle du bateau sera plus facile et si votre manœuvre avorte, le plan de sortie sera plus facile.
De même pour les positions d’attente; se mettre le cul au vent et doser la puissance des gaz selon la force des vents vous donneront un meilleur contrôle du bateau pour faire du surplace.
Concernant les propulseurs d’entraves (les thrusters), en cas de vents très forts, ce ne sera pas une solution miracle, cela peut vous aider, mais il faut compter beaucoup plus sur la force de la bi-motorisation et de l’effet que donne sur le bateau le mouvement d’une hélice du coté bâbord ou tribord de manière individuelle pour faire pivoter le bateau dans le sens que vous désirez.
En effet la bimotorisation avec des shafts donnent des résultats très positifs sur les manœuvres une fois que l’on a bien compris les effets sur le bateau. Il y a également les pods avec leurs joysticks qui donnent de très bons résultats dans les manœuvres de stationnement au quai.
Mais il arrive que l’assistance d’un thruster avant soit requise malgré tout. Souvenez-vous, les bateaux munis de pods ne possèdent pas de gouvernails (rudder), c’est un système qui opère complètement différemment des shafts. Un conseil : pratiquez également les manœuvres sans le joystick, on ne sait jamais si un jour vous aurez à rentrer à la marina sans ce système qui, pour quelques raisons, sera inopérant.
Lors de l’achat de votre bateau, portez toujours attention à la puissance de vos propulseurs d’entraves (thrusters), cela est très important lorsqu’ils sont requis par mauvais temps. Sachez qu’ils ne peuvent être utilisés à outrance, ils sont munis d’une protection thermique. Les thrusters hydrauliques sont très efficaces, mais ils ne sont disponibles que sur des yachts de grand gabarit.
Évitez toujours les coups de gaz, les improvisations. Rappelez vous : mieux vaut calmer le jeu, protéger le bateau puis étudier la situation avant toute chose… Ayez toujours suffisamment d’amarres à bord et sachez comment les utiliser. Rappelez-vous, il faut que des filets d’eau s’écoulent sur les gouvernails pour que ceux-ci aient un effet sur le bateau. L’effet du gouvernail est nul à l’arrêt.
Donc, à vitesse très réduite, il faut manœuvrer principalement avec la motorisation. C’est-à-dire, en utilisant l’effet du mouvement des hélices en alternance (bâbord, tribord, marche avant et marche arrière) pour diriger le bateau comme on le désire (profiter positivement de l’effet du pas de l’hélice). On a ainsi le contrôle sur le bateau. Mais, l’utilisation des gouvernails en tandem avec la motorisation va être un apport significatif dans les manœuvres qu’on désire faire au bateau. Effectivement, cela va faciliter les manœuvres, c’est certain, mais il faut que vous soyez à l’aise avec l’utilisation des gouvernails, que vous compreniez la dynamique des mouvements des gouvernails sur votre bateau.
Il ne faudrait pas qu’une manœuvre des gouvernails vienne s’opposer à une manœuvre des moteurs. Si vous disposez d’un indicateur visuel pour vos gouvernails (rudder), facile à lire et bien en évidence, cela est vraiment intéressant. Je vous conseille encore une fois de vous pratiquer ou encore mieux, de profiter d’un professionnel à vos cotés lors d’une pratique.
Ita Yachts Canada peut mettre à votre disposition de vrais professionnels de la navigation afin de vous faire profiter des meilleurs conseils. C’est un investissement extrêmement profitable. Vous ne serez pas déçus. Progressez plus rapidement et efficacement avec un bon encadrement.
photo : Marina Gaines, Lac Champlain
VIRAGE ET L’EFFET BALAYAGE, DÉPART DU QUAI
Il faut toujours se préoccuper des virages et de l’effet balayage sur l’arrière du bateau. Lors d’une manœuvre de virage à basse vitesse, la partie arrière du bateau sera orientée vers l’extérieur de la courbe. On pourrait comparer ce phénomène au dérapage dans un virage avec une voiture. Donc, lors des départs du quai par exemple, il faut tenir compte de ce facteur sinon, le derrière du bateau ira frapper le quai à coup sûr.
Lorsque l’on vire dans le sens du vent (face au vent), le rayon de giration est réduit. On peu diminuer la vitesse. Lorsqu’on vire contre le vent, celui-ci aura tendance à faire abattre le bateau et le rayon de giration est plus important. Augmenter la vitesse permet de réduire cette dérive dûe au vent.
Lors des départs du quai, il faut savoir se servir des défenses et des amarres pour vous aider à vous libérer du quai. Il faut prendre appui à partir d’une amarre et se servir de la motorisation pour forcer le bateau à pivoter dans le sens voulu puis quitter le quai en toute sécurité. Il est parfois obligatoire de s’appuyer sur un quai ou même un bateau pour réaliser certaines manœuvres. Si les bateaux sont correctement protégés par les défenses (pare-battages), cela ne pose aucun problème.
Mais la patience paie toujours. Apprenez à laisser passer les rafales et profiter des accalmies pour manœuvrer. Sachez aussi utiliser le vent et le courant en votre faveur, parfois la nature peut vous aider. Sachez lire l’environnement, cela peut vous simplifier la vie.
photo : Marina Arrondissement Lachine, QC
AYEZ TOUJOURS À L’ESPRIT :
LA RÉFLEXION PRECÈDE L’ACTION
Ne tenez pas pour acquis que parce que vous conduisez une automobile depuis des années, vous saurez accoster un bateau sans problème. Oui probablement par temps calme, tout est beaucoup plus facile. N’hésitez pas à vous pratiquer en faisant des exercices. Cela peut devenir fort agréable.
Pratiquez-vous comme pour une auto en remplaçant les cônes dans le cadre d’une auto, par des défenses que vous disposerez à l’eau dans une zone libre et dégagée et que vous contournerez en marche avant et à reculons selon un plan établi. Faites de véritables simulations, apprenez à comprendre les réactions de votre bateau à très basse vitesse avec et sans l’utilisation des gouvernails (volant). Maitrîser votre bateau avec l’effet du vent à basse vitesse.
Vous comprendrez maintenant toute l’importance d’offrir votre aide lorsque vous apercevez un bateau qui entre dans la marina. Faites vous un devoir d’aller sur le quai pour aider aux différentes manoueuvres. Vous serez apprécié de tous, même si votre aide n’était finalement pas requise. La façon d’accoster un bateau en Amérique du nord est complétement différente de l’Europe. Informez-vous avant de partir pour l’Europe et observez le modus operandi.
Nous espérons que cet article va contribuer à rendre les accostages un moment agréable et surtout libre de tout stress. Vous serez bien content et heureux d’être à la hauteur des accostages parfois difficiles lorsque la météo se met contre vous et vous aurez de belles histoires à raconter… des belles histoires de capitaine et d’amarrages exemplaires !!!
La clé réside dans le temps que vous mettrez dans la pratique et l’apprentissage. Un capitaine peut vous aider grandement. Ita Yachts Canada va se faire un plaisir de vous accompagner dans cette démarche.
N’oubliez pas, les commentaires sont grandement appréciès.




